Investissements massifs en Afrique : Guerre ouverte entre l’Union Européenne, la Chine et la Russie.

L’Afrique dans son développement et sa croissance économique sur ces dernières années peut compter sur sa démographie galopante qui reste un atout indéniable pour les investisseurs, les grandes multinationales et les grandes puissances étrangères. La population africaine est estimée aujourd’hui à un (01) milliard d’habitants contre 670 millions en 2000 pour atteindre 1,3 milliards de personnes en 2030 et 2,5 milliards en 2060. Ces personnes demeurent une source de consommation de biens et services et demandeuses d’emploi dans les nouvelles entreprises sur le continent et une main d’œuvre attractive et bon marché.

Selon les derniers chiffres de la Banque Africaine de Développement (BAD), les performances et perspectives économiques sont croissantes ces dernières années même si sur le continent, nous assistons à quelques foyers de tension dans certains pays tels que la Libye, le Soudan et le nord du Mali. En 2018, le PIB (Produit Intérieur Brut) était estimé à 3,5% avec des fondements économiques solides qui se poursuivent en 2019 pour un taux de croissance de 4,0% et 4,1% en 2020.

Cette embellie et progression constante ne laissent pas les grands blocs du nord notamment la Chine, la Russie et l’UE (Union Européenne) indifférents dans leur positionnement stratégique sur le continent pour la réalisation d’infrastructures, l’achat de matières premières et la création d’entreprises pour leurs multinationales. Que font réellement ces acteurs sur le continent Africain en termes d’investissements ?

Bataille de positionnement au niveau des investissements entre la Chine, la Russie et l’UE en Afrique.

La bataille des sommets ces derniers années entre l’Afrique, l’UE, la Russie et la Chine reste un cadre important de discussion et d’échanges afin de mettre en place des partenariats et voir les besoins des uns et des autres. Eu égard le contenu et l’orientation de la demande des pays africains au sortie de ces sommets, il est clair qu’en termes d’investissements massifs, l’Afrique souffre de certaines insuffisances. Le dernier sommet en date est celui entre la Russie et l’Afrique qui s’est tenu du 22 au 24 octobre 2019  dans la station balnéaire de Sotchi et était le premier de ces deux (02) parties prenantes. L’Afrique était représentée par ses 54 Etats dont 47 Chefs d’Etat et de gouvernement. A la fin de ce sommet, le Président Poutine a décidé de doubler les échanges commerciaux entre l’Afrique et la Russie. Le pays est déjà très présent sur le continent dans de nombreux secteurs d’activité comme la construction de réacteur nucléaire expérimental en Ethiopie, la construction d’un centre de recherche nucléaire au Rwanda, un complexe pétrochimique au Maroc pour un montant de deux (02) milliards d’Euros. Le pays souhaite aussi investir dans le secteur minier dans plusieurs pays dont le Soudan et aussi la sécurité.

Du côté de la Chine, elle investit en Afrique pour garantir l’accès aux ressources et utiliser les capacités excédentaires du pays. Elle investit dans des secteurs importants comme le BTP (infrastructures urbaines, routes, chemins de fer, barrages, hydroélectricité), l’exploitation forestière et surtout l’extraction minière et pétrolière. Les investissements chinois se font dans plusieurs pays qui sont dotés de matières premières dont l’Angola, l’Algérie, la RDC, le Nigéria, l’Ethiopie et l’Afrique du Sud. La diversification des investissements chinois se voit aussi davantage dans le secteur énergétique. Pour l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), entre 2010 et 2020 la Chine construira plus de 200 projets.

Avec un flux d’investissements directs étrangers de 40%, l’Union Européenne reste en 2017 le premier partenaire commercial avec 243,5 milliards d’échanges commerciaux et la Chine (16%) selon le FMI (Fonds Monétaire International). Déjà sur la même période, l’EU prévoyait un investissement de 44 milliards d’euros en Afrique d’ici 2020. L’union Européenne depuis septembre 2017 a mis en place le PIE (Plan d’Investissement Extérieur) pour attirer les investisseurs européens dans les pays africains. Avec un montant de 4,1 milliards d’Euros, l’EU a décidé d’investir dans des secteurs prioritaires comme les énergies renouvelables, le financement des PME, de l’agriculture, de l’agro-industrie, de l’entreprenariat rural, de la construction des villes durables et de la numérisation. Pour gagner cette bataille de l’investissement en Afrique les stratégies sont multiples.

Divergences de stratégies pour la conquête de l’Afrique.

Pour conquérir le continent Africain sur la base d’investissements massifs, les grandes puissances ne manquent pas d’idées et d’ingéniosité. L’EU mise aujourd’hui au-delà des grands projets d’investissements sur des aspects nouveaux que les regards traditionnels même si cela reste au cœur dans les stratégies. Aujourd’hui, pour investir en Afrique, l’UE utilise plusieurs outils dont le PIE pour aider les pays africains dans leur démarche à intégrer le développement durable, à contribuer à la croissance et à l’emploi et à supprimer les obstacles à l’investissement privé en réduisant les risques. L’idée de la stratégie de l’EU est d’aider à l’amélioration du climat des affaires dans les pays, l’assistante technique pour la gestion des projets susceptibles d’être financés et des investissements avec des garanties innovantes.

Le forum Chine-Afrique est aujourd’hui le creuset d’idées entre ces deux partenaires pour assoir une vision commune du partenariat gagnant-gagnant prôné par les Chefs d’Etat africains. La stratégie chinoise a permis en 2018, au sortie du sommet Chine-Afrique de mettre sur la table une importante enveloppe de 60 milliards de dollars pour le développement des pays africains. Le géant d’Asie souhaite apporter une aide significative à l’Afrique pour 15 milliards de dollars en termes d’aides gratuites et prêts sans intérêts. Les stratégies chinoises sur le continent s’insèrent très souvent dans le projet des nouvelles routes de la soie. Selon l’administration américaine, «La Chine a recourt à des pots-de-vin, des accords opaques et l’utilisation stratégique de la dette pour tenir les Etats d’Afrique captifs de ses souhaits et de ses demandes ».

Quant à la Russie, elle vient rattraper son retard sur le continent par une stratégie conventionnelle et simple, celle d’organiser un sommet Russie-Afrique pour repenser les partenariats et les accords commerciaux. Le discours politique aujourd’hui de la Russie est d’avoir une coopération avec tous les pays africains sans interférence aucune dans les affaires intérieures, même pour la stabilité des dirigeants autoritaires. La Russie veut se positionner aujourd’hui comme le partenaire essentiel de la lutte contre le terrorisme à travers la formation des hommes, la fourniture de matériel adéquat au niveau de l’armement comme en République Centrafricaine en 2017, la signature d’accords de coopération militaire avec 20 pays depuis 2017. Les autres arguments importants de la Russie en Afrique sont le fait de jouer sur les sentiments anticolonialistes avec les populations et l’influence médiatique à travers la création de contenus comme le dessin animé des enfants produit par la société Russe Lobaye Invest. Avec toutes ces stratégies que déploient ces puissances, l’Afrique doit-elle rester dans la diversification ou privilégier un partenaire de choix ?

Qui gagne en Afrique selon les besoins des populations.

Les actions de l’UE, de la Chine et de la Russie sur le continent enchantent les chefs d’Etat africains. Si pour la plupart des pays de l’UE comme la France et la Belgique, les relations sont historiques, pour les Russes et les Chinois, cette situation maintient les africains à rester sous le joug colonial. Pour l’UE, les pays africains au-delà de l’industrialisation par les investissements massifs, la mise en place d’infrastructures, de la croissance économique et des aspects connexes, il faut regarder certains aspects humains et humanitaires tels que la lutte contre l’immigration clandestine, la lutte contre le manque d’éducation des enfants et des femmes et l’électrification des villes et villages que les autres partenaires n’apportent pas tout de suite. Pour les européens, aussi, il faut aider l’Afrique à investir dans la démocratie pour des institutions fortes, là où les autres partenaires africains ne s’attardent que dans des grands travaux en oubliant les fondamentaux de la démocratie et les aspects humains qui restent le socle et la consolidation de la cohésion en Afrique. Les européens justifient leur partenariat économique de grande longévité par des actions qui pour eux couvrent tous les besoins des africains à travers divers programmes et projets pour le développement du continent.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s