L’Eco : La polémique sur la nouvelle monnaie de l’Afrique de l’ouest.

Créée en 1975, la CEDEAO (Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest), a en son sein des pays anglophones comme le Nigéria, le Ghana et d’autres francophones comme la Côte d’Ivoire et le Sénégal dont le but est de promouvoir la coopération économique au niveau sous-régional et international.

Cette zone monétaire pour renforcer son influence et sa souveraineté monétaire a mis en place un projet inédit de la création d’une monnaie commune. Pour les initiateurs, le lancement de cette monnaie commune (l’ECO) va obliger les pays à converger vers un idéal économique important même si des divergences de fonds existent encore au sein d’une partie de l’opinion africaine. Contrairement au franc CFA qui bénéficie d’une parité fixe par rapport à l’Euro (1Euro vaut 655,957 CFA) , l’ECO est conçu pour être une monnaie flottante.

Malgré tous les questionnements dans les sphères et strates économiques de la zone, le 29 juin 2019, lors du 55ème sommet de la CEDEAO, les Chefs d’Etat de la communauté ont entériné le projet de création de la monnaie unique. Certes, l’idée a été adoptée et les orientations tranchées, mais pour les leaders anglophones de la zone comme le Nigéria et le Ghana, il faut nécessairement une rupture des pays francophones avec la France où 60% des devises et réserves d’échanges de ces pays sont au trésor français.

Les pays anglophones exigent un divorce entre la France et les utilisateurs du CFA dans la zone.

Annoncée en grande pompe le 21 décembre 2019 par le Président ivoirien, Allassane Ouattara en présence de son homologue Français, le Président Emmanuel Macron, la fin du Franc CFA pour l’Eco a été très mal perçue par les pays anglophones de la CEDEAO, notamment le Nigéria qui fait figure de géant économique dans la zone.

Pour les pays anglophones tous les aspects techniques et les accords de coopération économique du retrait des pays francophones du FCFA (Franc de la Communauté Financière en Afrique) n’ont pas encore été très clairs vis-à-vis de la tutelle française pour leur imposer l’ECO qui doit être la nouvelle monnaie en juin 2020 des pays de l’UEMOA. Pour la partie anglophone dont le Nigéria, le Ghana, la Gambie, la Sierra Leone et le Libéria de la CEDEAO, il faudra clarifier les aspects comme :

  • La parité de la monnaie « ECO » contre l’Euro.
  • Les questions des comptes d’opération des pays francophones qui se trouvent au trésor français.
  • La problématique de l’arrimage de l’ECO à l’EURO.
  • Les conditions de production de la monnaie et de sa flexibilité en période d’inflation.
  • La cogestion de monnaie avec la France.

Pour le Nigéria, pour aller définitivement tous à l’ECO, il faut que les pays de l’UEMOA coupent tous les liens qui existaient depuis 1945, date de création de la monnaie.

La stratégie du géant Nigérian et des autres acteurs pour la domination économique par la monnaie.

Le Président ivoirien actuellement à la tête de l’UEMOA, souhaite pour les huit (08) Etats de l’union à savoir le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo, que l’ECO reste arrimer à l’EURO avec la même parité du FCFA, c’est-à-dire 1 Euro = 655,957 FCFA. Selon lui, cela donnera une certaine garantie à la monnaie dans des situations de crise économique que pourrait connaître la zone.

Il est soutenu dans cette démarche par le Sénégal qui fait figure de deuxième puissance économique de la zone UEMOA. Pour les pays d’Afrique subsaharienne qui ont le français comme première langue officielle, l’économie sénégalaise est deuxième avec 16,963 milliards $ quand la Côte d’ivoire est première avec 38,496 milliards $.  Les deux grandes puissance de l’UEMOA contrôlent la zone et imposent aux autres leurs pensées afin d’orienter les autres Etas. C’est aussi dans cette perspective qu’Allasane Ouattara, a indiqué que tous les pays de l’UEMOA vont adopter l’ECO en juin 2020 en remplacement du FCFA.

Avec 60 à 70% du PIB de la CEDEAO, le géant Nigéria est très prudent face à l’ECO, la nouvelle monnaie que devrait utiliser les 15 membres de l’union à l’avenir. Pour l’actuel ministre nigériane des Finances, Zainab Shamsuna Ahmed, les critères de convergence doivent être purement et simplement respectés. Ces principaux éléments de blocage sur le consensus de l’ECO sont :

Pour l’instant au regard des critères de convergence, seul le Togo est capable de les respecter. Pour les autres, il faut encore beaucoup d’effort de restriction budgétaire si tout le monde veut être au même diapason et assoir cette monnaie communautaire.

Pour les économistes nigérians, il faut que la monnaie ne soit pas gérée par Paris afin de donner la souveraineté monétaire des pays de l’union. Selon eux, vu que le « NAÏRA », la monnaie du pays n’est pas convertible, il faudra qu’elle le soit pour commercer à l’international.  Il faut que Paris ne soutienne plus les pays francophones pour garantir la compétitivité des activités économiques dans la zone. Aussi, pour les pays anglophones, si la France soutien encore les pays de la zone UEMOA dans cette configuration de l’ECO, cela posera nécessairement un problème de gouvernance dans les Etats. En effet, le Nigéria cherche à protéger son marché, diversifier son économie et s’industrialiser sans pour autant attendre les autres. Le pays se dit que c’est de moment d’avoir une audace et du leadership fondés sur une vision claire des intérêts vitaux. Certes, les autorités nigérianes ont été informées de la mise en place de l’ECO dans la zone francophone pour juin 2020, mais que gagne les deux zones pour un essor économique probant ?

Que gagne les anglophones et francophones dans la mise en place de l’ECO ?

Utilisateurs du FCFA depuis sa création, les pays de l’UEMOA (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo) se disent prêts à l’utilisation de la monnaie unique en juin 2020. Même si quelques désaccords existent encore sur les critères de convergence, pour les francophones de la zone CEDEAO, des avantages à la mise en place de l’ECO seront tangibles. Il s’agit :

  • De la souveraineté monétaire des pays utilisateurs ;
  • Du soutien mutuel et de la poursuite à la réalisation d’objectifs communs et individuels ;
  • Du renforcement des canaux de transmission de la politique monétaire des pays concernés, présentement affaiblis ;
  • De la facilitation de la libre circulation des biens et services dans la zone ;
  • De la sécurité monétaire sous-régionale ;
  • De garantir les défauts de paiement sur les dettes extérieures par la France.

Au-delà des réserves des pays de la ZMOA (Gambie, Ghana, Guinée, Sierra Leone, Nigéria), l’appartenance à la monnaie unique de la CEDEAO apporte des avantages conséquents aux économies nationales au niveau national, sous-régional et international. L’ECO apporte des avantages comme :

  • La fluidité des échanges commerciaux dans la zone CEDEAO ;
  • La convertibilité des monnaies nationales en devises ;
  • L’augmentation du pourcentage du PIB des pays surtout du Nigéria dans la zone CEDEAO ;
  • L’accroissement des échanges commerciaux au niveau international du fait de l’arrimage à l’UERO.

Pour résoudre toutes les polémiques, l’ensemble des intellectuels africains souhaite en avril 2020 à Lomé au Togo, des « Etats généraux de l’ECO » pour orienter les Etats africains de la CEDEAO à une prise de position définitive pour l’amélioration des économies africaines et l’amélioration des conditions de vie des populations. Selon ces experts, il faut soumettre cette monnaie à l’analyse pointue des élites économiques africaines afin d’apporter des réponses idoines et solutions concertées pour l’entrée en vigueur de l’ECO.

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